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Comment Gene Roddenberry transforma un détracteur en allié : Isaac Asimov et Star Trek
1. Contexte historique : Star Trek sous le feu des critiques (1966)
En 1966, Star Trek n’est encore qu’une série expérimentale, fragile, surveillée de près par la chaîne NBC.
Son ambition est immense : montrer un futur humaniste, scientifique, multiculturel — mais ses moyens techniques sont limités, et son langage scientifique parfois approximatif.
À cette époque, Isaac Asimov est déjà l’un des plus grands noms de la science-fiction mondiale :
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auteur du Cycle de Fondation,
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théoricien des Trois Lois de la Robotique,
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vulgarisateur scientifique reconnu,
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esprit rigoureux, parfois redouté pour son franc-parler.
Asimov regarde Star Trek… et n’est pas tendre.
Il critique publiquement :
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des incohérences scientifiques,
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un usage parfois fantaisiste de la physique,
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certains raccourcis narratifs.
Dans une chronique de 1966, il écrit en substance que Star Trek est idéologiquement intéressant, mais scientifiquement négligent.
Sources :
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Asimov, View from a Height (1963–1970, essais)
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Star Trek TOS, saison 1, NBC
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The Futurist Magazine, archives 1966
2. Le choix décisif de Roddenberry : dialoguer plutôt que se défendre
Face à ces critiques, Gene Roddenberry aurait pu :
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ignorer Asimov,
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se vexer,
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ou entrer dans un conflit d’ego.
Il fait exactement l’inverse.
Roddenberry contacte personnellement Isaac Asimov, reconnaît certaines limites de la série, et lui explique :
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les contraintes de production télévisuelle,
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la censure implicite de la chaîne,
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son objectif principal : faire passer des idées progressistes au grand public, quitte à simplifier la science.
Asimov racontera plus tard sa surprise :
“Roddenberry ne s’est pas défendu. Il a écouté. Et cela a tout changé.”
— Isaac Asimov
(I. Asimov, In Memory Yet Green, 1979)
Ce moment marque un tournant.
3. D’un détracteur à un conseiller officieux
Progressivement, Asimov devient :
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un soutien public de Star Trek,
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un conseiller scientifique informel,
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un défenseur de la série auprès des cercles intellectuels.
Il comprend que Star Trek :
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n’est pas une hard science-fiction stricte,
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mais une science-fiction humaniste, éducative, politique.
Asimov écrit alors :
“Star Trek est la première série télévisée qui traite l’intelligence du spectateur avec respect.”
— Isaac Asimov
(TV Guide, 1967)
Il défend publiquement la série contre ses détracteurs, soulignant que :
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la cohérence morale y est plus importante que la précision technique absolue,
-
la série donne envie de comprendre la science, même imparfaitement.
Sources :
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TV Guide, interview Asimov (1967)
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Asimov, In Memory Yet Green (1979)
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Gene Roddenberry Archive
4. Une influence indirecte mais réelle sur Star Trek
⚠️ Point important pour la rigueur STFE :
Asimov n’a jamais écrit d’épisode de Star Trek.
Son implication est idéologique et culturelle, pas scénaristique directe.
Cependant, son influence se manifeste par :
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un effort accru de cohérence scientifique après la saison 1,
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une attention plus grande aux conséquences éthiques des technologies,
-
un dialogue constant entre SF télévisée et science réelle.
Roddenberry dira plus tard :
“Asimov m’a aidé à comprendre que la science-fiction devait être responsable, même à la télévision.”
— Gene Roddenberry
(Starlog Magazine, 1984)
Cette exigence se retrouve dans :
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les dilemmes technologiques,
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la réflexion sur l’IA (ancêtres de Data),
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la critique du pouvoir technocratique.
5. Asimov, Star Trek et l’éthique de la science
Isaac Asimov reconnaît dans Star Trek une œuvre sœur de sa propre vision :
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la science comme outil d’émancipation,
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la connaissance partagée,
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la responsabilité morale du progrès.
Il écrit :
“La science-fiction n’est pas une prédiction de l’avenir, mais un avertissement sur le présent.”
— Isaac Asimov
(Asimov on Science Fiction, 1981)
Cette phrase pourrait servir de devise commune à :
-
Asimov,
-
Roddenberry,
-
et la philosophie STFE.
6. Une amitié intellectuelle durable
Les deux hommes resteront en contact jusqu’à la mort de Roddenberry.
Asimov soutiendra :
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Star Trek: The Next Generation à ses débuts,
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l’évolution vers une SF plus mature et philosophique.
Il déclarera en 1987 :
“Star Trek a grandi. Et l’humanité avec.”
— Isaac Asimov
(Omni Magazine, 1987)
7. Lecture STFE : une leçon fondatrice
Pour la STFE, cet épisode historique enseigne une chose essentielle :
👉 La critique éclairée n’est pas un ennemi, mais un moteur de progrès.
Roddenberry n’a pas cherché à réduire Asimov au silence.
Il l’a écouté, intégré, respecté.
C’est exactement l’esprit de la Fédération :
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coopération entre disciplines,
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dialogue entre science et humanisme,
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dépassement des egos au profit du bien commun.
8. Sources principales (visibles)
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Isaac Asimov, In Memory Yet Green (1979)
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Isaac Asimov, Asimov on Science Fiction (1981)
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TV Guide, interview Isaac Asimov (1967)
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Starlog Magazine, Gene Roddenberry interview (1984)
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Omni Magazine (1987)
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Gene Roddenberry Archive
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Star Trek: The Original Series, NBC (1966–1969)
✍️ Cet article a été rédigé par le STFE (Star Trek Fraternel Espérance), sous la plume et la vision d’Archer.
