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La plupart des débats sur Star Trek tournent autour du canon officiel. Est canon ce que le détenteur des droits décide d’intégrer à la continuité officielle. Cette définition est juridiquement valable, mais elle ne répond pas à la question essentielle : qu’est-ce qui fait réellement Star Trek ?

Pour beaucoup de fans, Star Trek se définit par ses éléments visibles : les vaisseaux, les uniformes, les phasers, les espèces extraterrestres, la chronologie ou les personnages emblématiques.

Pour moi, ces éléments ne sont que la surface.

L’identité profonde d’une œuvre ne réside pas dans ses composants matériels mais dans l’alchimie qui les relie.

J’ai compris cela très jeune. Enfant, j’avais réalisé un dessin que ma mère trouvait réussi. Souhaitant l’améliorer, elle a modifié certains détails. Elle n’a pas déchiré le dessin. Elle n’a pas détruit le papier. Elle n’a pas effacé les personnages. Pourtant, le dessin avait disparu.

Ce qui avait disparu n’était pas la matière de l’œuvre mais son alchimie.

Depuis, je considère que la même chose peut arriver à une œuvre culturelle.

On peut conserver les personnages, les décors, les costumes et même le scénario. Si l’alchimie disparaît, l’œuvre n’est plus réellement la même.

Cette idée s’applique directement à Star Trek.

La question n’est pas de savoir si une œuvre contient des vaisseaux de Starfleet ou des références à la Fédération. La question est de savoir si elle conserve l’alchimie fondamentale imaginée par Gene Roddenberry.

Cette alchimie repose sur plusieurs principes :

* l’exploration ;
* la curiosité intellectuelle ;
* l’humanisme ;
* la coopération ;
* la recherche de la paix ;
* la connaissance ;
* l’amélioration de la condition humaine.

Jonathan Frakes a rapporté une idée qui résume parfaitement cette vision. Roddenberry rêvait d’un futur où tous les enfants pourraient aller à l’école, apprendre à lire et à écrire, le ventre plein et en paix.

Voilà le véritable cœur de Star Trek.

Les vaisseaux ne sont que des outils.

Les technologies ne sont que des moyens.

La mission est humaine.

C’est pourquoi le débat sur le canon officiel me paraît insuffisant.

Une œuvre peut être officiellement reconnue tout en s’éloignant de l’alchimie originelle.

Inversement, une œuvre créée après la mort de Roddenberry peut rester profondément fidèle à son esprit si elle respecte cette mission culturelle.

Le véritable héritier d’une œuvre n’est pas celui qui possède les droits.

C’est celui qui comprend suffisamment l’âme de l’œuvre pour la faire évoluer sans la dénaturer.

Cette réflexion m’a conduit à une autre conclusion.

Contrairement à ce que pensent la plupart des spectateurs, le véritable héros de Star Trek n’est ni Kirk, ni Picard, ni Sisko, ni Janeway.

Ces personnages sont importants, mais ils ne sont pas le sujet principal.

Le véritable héros de Star Trek est la Fédération.

Non pas comme institution administrative, mais comme projet civilisationnel.

Chaque capitaine explore de nouveaux mondes.

Chaque équipage rencontre de nouvelles cultures.

Chaque mission apporte de nouvelles connaissances.

Et toutes ces expériences enrichissent progressivement la Fédération.

Les capitaines sont les yeux.

Les équipages sont les instruments.

La Fédération est l’entité qui apprend.

La Fédération est l’entité qui grandit.

La Fédération est l’entité qui évolue.

Le personnage principal de Star Trek n’est donc pas un individu mais une civilisation en construction.

L’ensemble des séries raconte la même histoire : celle d’une société qui tente d’apprendre de ses erreurs, de dépasser ses limites et de construire un avenir où la connaissance, la paix et la dignité deviennent accessibles à tous.

C’est pourquoi Star Trek est bien davantage qu’un univers de science-fiction.

C’est une proposition culturelle.

Une réflexion sur ce que l’humanité pourrait devenir si elle décidait de grandir.