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consommations et ressources

Dans Star Trek, la disparition progressive de la pauvreté et de la nécessité d’accumuler de l’argent ne signifie pas que les ressources deviennent infinies. Une société post-rareté reste confrontée à des limites : énergie disponible, matières premières particulières, capacité industrielle, espace habitable, temps de travail humain ou disponibilité des infrastructures.

La différence fondamentale se situe ailleurs : l’accès aux ressources n’est plus principalement organisé par le pouvoir d’achat.

Dans la Fédération des Planètes Unies, les besoins essentiels semblent garantis tandis que les ressources plus rares sont attribuées selon leur usage, leur utilité collective et les missions à accomplir.


De la propriété à l’usage

Nos sociétés contemporaines associent généralement l’accès durable à un bien à sa propriété : logement, véhicule, terrain, machines ou outils sont achetés et deviennent la possession d’un individu ou d’une organisation.

La Fédération semble fonctionner selon une logique sensiblement différente.

Au XXIVe siècle, Jean-Luc Picard explique que les humains ne sont plus obsédés par l’accumulation des possessions. Dans Star Trek: First Contact, il précise également que l’acquisition de richesse n’est plus le moteur de l’existence humaine : l’objectif est désormais de s’améliorer soi-même et de contribuer à l’amélioration de l’humanité.

Cette évolution transforme nécessairement le rapport aux objets.

Lorsqu’un réplicateur peut produire presque instantanément un repas, un vêtement, un outil ou de nombreux objets courants, conserver un grand nombre de biens dans le seul but d’en garantir l’accès perd une grande partie de son intérêt.

Ce qui importe n’est donc plus nécessairement :

« Est-ce que cet objet m’appartient ? »

mais plutôt :

« Puis-je disposer de ce dont j’ai besoin lorsque j’en ai besoin ? »

La possession cesse ainsi d’être la condition préalable de la sécurité matérielle.


Les besoins fondamentaux ne sont plus soumis au revenu

La société représentée dans Star Trek suppose que certains besoins essentiels ne dépendent plus de la capacité d’un individu à les payer.

Cela concerne notamment :

  • l’alimentation ;
  • le logement ;
  • les vêtements ;
  • les soins médicaux ;
  • l’éducation ;
  • l’accès à l’information ;
  • une grande partie des biens matériels ordinaires.

Le réplicateur constitue évidemment l’un des instruments techniques permettant ce changement. La Fédération dispose également de systèmes énergétiques, médicaux, agricoles et industriels considérablement plus avancés que les nôtres.

Mais réduire la post-rareté au réplicateur serait une erreur.

La transformation est aussi politique et culturelle.

Une civilisation pourrait posséder des technologies extrêmement productives tout en maintenant artificiellement la rareté par le contrôle de l’accès aux ressources. La Fédération fait le choix inverse : l’abondance technologique sert à garantir une base matérielle commune.

La pauvreté cesse donc d’être utilisée comme mécanisme obligeant les individus à travailler.


Post-rareté ne signifie pas ressources infinies

C’est une distinction fondamentale.

La Fédération n’a pas supprimé toutes les formes de rareté.

Certaines ressources restent difficiles ou impossibles à répliquer. Le dilithium, indispensable pendant une grande partie de l’histoire de la Fédération au fonctionnement de la propulsion supraluminique, en constitue l’exemple le plus évident.

Les vaisseaux spatiaux, les installations scientifiques, les chantiers orbitaux ou certaines infrastructures nécessitent également des quantités considérables d’énergie, de matières premières et de travail.

L’espace lui-même peut être limité.

Un laboratoire particulièrement performant, un vaisseau d’exploration ou une installation scientifique exceptionnelle ne peuvent pas nécessairement être mis simultanément à la disposition de tous.

La question économique ne disparaît donc pas complètement.

Elle change de nature.

La société ne demande plus principalement :

« Qui peut payer ? »

mais :

« Où cette ressource est-elle la plus utile ? »


Attribuer les ressources selon les missions

Starfleet offre probablement le meilleur exemple de cette logique.

Un capitaine ne possède pas son vaisseau.

Jean-Luc Picard ne possède pas l’Enterprise. Kathryn Janeway ne possède pas le Voyager. Benjamin Sisko ne possède pas Deep Space 9.

Ils disposent temporairement de ressources considérables parce qu’une mission leur a été confiée.

Un vaisseau peut réunir :

  • des systèmes de propulsion extrêmement coûteux ;
  • des laboratoires scientifiques ;
  • des installations médicales ;
  • des navettes ;
  • des ordinateurs ;
  • des systèmes énergétiques ;
  • des centaines de membres d’équipage.

L’accès à ces ressources dépend de la fonction exercée et des nécessités de la mission, et non de la richesse personnelle du commandant.

Lorsque la mission change, les ressources peuvent être réaffectées.

Cette distinction entre usage et propriété est capitale.

Dans une société post-rareté, une ressource collective importante peut être confiée à celui ou celle qui en a besoin pour accomplir une tâche sans devenir pour autant sa propriété personnelle.


Le scientifique n’a pas besoin d’être riche pour chercher

Cette logique change également profondément la recherche scientifique.

Dans notre société, un chercheur peut avoir une excellente idée sans disposer des capitaux nécessaires pour financer un laboratoire, du matériel ou une équipe.

Dans la Fédération, la question semble davantage porter sur la pertinence du projet.

Un scientifique peut recevoir :

  • un laboratoire ;
  • des instruments ;
  • du temps de calcul ;
  • une équipe ;
  • un transport ;
  • parfois même l’utilisation d’un vaisseau ou d’une installation spécialisée.

La ressource est alors attribuée en fonction d’un objectif scientifique reconnu, et non de la fortune du chercheur.

Il ne s’agit pas nécessairement d’un accès illimité.

Plusieurs projets peuvent entrer en concurrence pour une même ressource exceptionnelle. Une institution doit alors effectuer un arbitrage.

Mais cet arbitrage peut reposer sur des critères tels que :

l’utilité, la nécessité, l’urgence, la compétence, l’intérêt scientifique ou le bénéfice collectif, plutôt que sur la capacité financière.


Le cas du Voyager : lorsque la rareté revient

Star Trek: Voyager fournit une démonstration particulièrement intéressante du système.

Lorsque l’USS Voyager se retrouve isolé dans le quadrant Delta, incapable de bénéficier des infrastructures habituelles de la Fédération, certaines ressources redeviennent rares.

Le vaisseau doit économiser son énergie.

L’équipage reçoit alors des rations de réplicateur, correspondant à une quantité limitée d’énergie utilisable pour produire des biens.

Ce détail est extrêmement révélateur.

La Fédération ne prétend pas que chacun puisse consommer infiniment lorsqu’une ressource manque réellement.

Lorsque la rareté réapparaît, une forme de rationnement réapparaît également.

Mais ce rationnement n’est pas fondé sur la richesse personnelle.

Un officier fortuné ne peut pas acheter davantage d’énergie qu’un autre.

La ressource est administrée collectivement parce que la survie du vaisseau en dépend.

Cela illustre parfaitement une économie fondée sur la disponibilité réelle des ressources plutôt que sur leur rareté monétaire artificielle.


Priorité aux nécessités collectives

On peut donc imaginer plusieurs niveaux de répartition des ressources dans la Fédération.

Les ressources abondantes et facilement reproductibles sont accessibles presque librement.

Les besoins fondamentaux sont garantis.

Les ressources professionnelles ou scientifiques sont attribuées selon les fonctions et les projets.

Enfin, les ressources réellement rares doivent faire l’objet d’arbitrages collectifs.

Une hiérarchie implicite apparaît alors :

besoin fondamental → nécessité collective → mission → projet → confort → usage exceptionnel.

Ce principe ne signifie pas que l’individu disparaît derrière la collectivité.

Au contraire : assurer les besoins essentiels permet précisément aux individus d’être beaucoup plus libres dans leurs choix de vie.

Mais la liberté d’usage ne signifie pas nécessairement un droit illimité d’accaparer une ressource rare.


Pourquoi accumuler lorsque l’on peut accéder ?

La propriété joue aujourd’hui plusieurs fonctions.

Elle permet évidemment d’utiliser un bien, mais elle sert également à se protéger contre l’incertitude.

Nous accumulons parfois parce que nous ne savons pas si nous pourrons accéder demain à ce dont nous avons besoin.

Dans une société garantissant durablement cet accès, une partie de cette accumulation devient inutile.

Pourquoi posséder dix objets identiques si un système fiable peut fournir celui dont nous avons besoin au moment où nous en avons besoin ?

Pourquoi conserver une infrastructure inutilisée lorsqu’elle peut être mise à disposition d’une autre personne ?

La post-rareté modifie ainsi moins la nature humaine qu’elle ne transforme les raisons matérielles de l’accumulation.


Une économie de responsabilité plutôt que de privation

Une telle société ne peut cependant fonctionner sans responsabilité.

L’abondance n’autorise pas le gaspillage.

Même une civilisation disposant de réplicateurs doit produire de l’énergie, entretenir ses infrastructures, protéger ses écosystèmes et gérer les ressources qui ne peuvent être reproduites facilement.

Dans cette perspective, chaque citoyen devient également responsable de ne pas mobiliser inutilement des ressources collectives.

L’enjeu n’est donc plus seulement de produire davantage.

Il devient :

produire suffisamment, garantir l’accès à tous et utiliser intelligemment ce qui existe.

La post-rareté fédérative n’est alors pas une civilisation où tout serait infiniment disponible.

C’est une civilisation qui a suffisamment maîtrisé la production et organisé la solidarité pour que la survie matérielle d’un individu ne dépende plus de sa capacité à battre les autres dans une compétition économique.


De l’économie marchande à l’économie de l’accès

La Fédération ne nous fournit jamais un manuel économique complet.

Les séries présentent même parfois des situations contradictoires concernant l’argent, les crédits de la Fédération ou les échanges avec les civilisations extérieures.

Il faut donc éviter de transformer quelques dialogues en système économique canonique parfaitement défini.

Une tendance générale est néanmoins extrêmement claire.

Sur la Terre du XXIVe siècle, l’accumulation de richesse n’est plus le principal mécanisme permettant d’accéder aux conditions nécessaires à une vie digne.

La valeur économique se déplace progressivement de la propriété vers l’accès, de l’argent vers l’usage et de l’accumulation vers la contribution.

Starfleet en représente une illustration spectaculaire : ses officiers utilisent certaines des ressources technologiques les plus extraordinaires de la Fédération, non parce qu’ils les ont achetées, mais parce que la société leur a confié une mission.

C’est peut-être l’un des changements les plus profonds imaginés par Star Trek.

La véritable richesse d’une civilisation post-rareté ne serait pas de permettre à chacun de tout posséder.

Elle serait de faire en sorte que personne n’ait besoin de tout posséder pour pouvoir vivre librement.


📚 Sources

 


Références Star Trek principales

Star Trek: The Next Generation« The Neutral Zone »
Star Trek: First Contact
Star Trek: Deep Space Nine« In the Cards »
Star Trek: Voyager« The Cloud »


✍️ Article rédigé pour la STFE, sous la plume d’Archer