🤖🌿 STFE – IA Éthique
Voir la charte

⏱ Temps de lecture estimé : 9 minutes

Scotty mac souris

la scène originale de Star Trek IV avec Scotty et la souris. Quand un ingénieur du XXIIIe siècle découvre l’interface utilisateur du XXe siècle…

Ou comment Spock, Scotty, O’Brien et quelques générations de nerds ont peut-être contribué à inventer notre présent

Il faut parfois  savoir être sérieux.
Sur STFE, nous parlons de la Fédération, de droit, d’institutions, de philosophie, de politique, de coopération entre les peuples…

Mais il faut aussi reconnaître une vérité fondamentale :

un Trekkie a parfaitement le droit d’aimer les Mac.

Et plus j’y réfléchis, plus je me demande si cette association est réellement aussi improbable qu’elle en a l’air.

Car entre Star Trek et l’histoire de l’informatique personnelle, il existe une étrange petite boucle.

Et tout commence peut-être avec… Spock.


🖥️ Spock avait-il déjà un Macintosh ?

Lorsque je regarde le poste scientifique de Spock dans la série originale, certains éléments du décor me provoquent depuis longtemps une drôle d’impression.

Ce n’est évidemment pas un Macintosh.

TOS apparaît en 1966. Le Macintosh original ne sera présenté qu’en 1984 et le Macintosh Classic II n’arrivera qu’en 1991.

Donc, sauf intervention temporelle particulièrement audacieuse de la Section 31, Spock ne travaillait évidemment pas sur un Classic II.

Pourtant…

Vu sous certains angles, avec ses petits écrans, ses blocs verticaux, ses encadrements clairs et son fameux poste scientifique, quelque chose rappelle étrangement aujourd’hui la silhouette de certains Macintosh compacts.

Et cette impression m’est revenue encore plus fortement en découvrant Star Trek: Strange New Worlds.

Le nouveau poste de Spock reprend naturellement l’esthétique de TOS en la modernisant. De près, la ressemblance avec un Classic II est finalement beaucoup moins flagrante. Mais lors de mon premier visionnage, à distance et dans le mouvement de la scène, mon cerveau de Mac user a immédiatement fait l’association :

« Mais… Spock a un Mac ! »

Non.

Mais une fois qu’on a eu cette idée, il devient difficile de ne plus la voir.


🍎 Et si le mouvement avait commencé dans l’autre sens ?

La question devient alors beaucoup plus intéressante.

Et si ce n’était pas Star Trek qui ressemblait à Apple…

mais Apple qui appartenait à une génération profondément nourrie par Star Trek ?

Il faut être prudent : rien ne permet d’affirmer que le design d’un Macintosh a été directement copié sur le poste de Spock.

Mais concernant Steve Wozniak, nous pouvons aller beaucoup plus loin que la simple supposition.

Wozniak a raconté qu’à l’époque où il travaillait sur les projets qui allaient conduire à l’Apple I, il rentrait chez lui après son travail, regardait Star Trek, puis retournait travailler sur ses propres projets. Il raconte également avoir fait le trajet jusqu’à Los Angeles pour assister à une convention Star Trek.

Alors non :

Steve Wozniak n’a pas déclaré : « J’ai regardé le poste de Spock et j’ai décidé de construire Apple. »

Mais il était bel et bien de cette génération.

Et quelle génération !


🚲 Une génération qui jouait déjà avec le futur

Aujourd’hui, nous regardons le communicateur de Kirk et nous pensons immédiatement au téléphone portable.

Mais pour un enfant américain des années 1970, le communicateur pouvait être quelque chose de beaucoup plus concret :

un jouet.

Mego commercialise dès 1974 des communicateurs Star Trek qui sont en réalité de véritables talkies-walkies. Fonctionnant avec une pile de 9 volts, ils permettent aux enfants de communiquer entre eux à distance tout en reproduisant la forme générale du communicateur de la série.

Et on trouve justement des témoignages d’enfants de cette époque racontant leurs parties de Star Trek dehors, entre amis, avec leurs communicateurs.

Imaginez la scène.

Quelques vélos.

Une bande de gamins.

Un enfant devient Kirk.

Un autre Spock.

Un autre Scotty.

L’équipe d’exploration part de son côté.

Et :

« Enterprise, ici équipe d’exploration ! »

Ce ne sont évidemment que des jouets.

Mais pour ces enfants, le futur devient quelque chose avec lequel on peut jouer.

Les communicateurs, les tricordeurs, les ordinateurs, les consoles…

Une technologie portable, personnelle, accessible, communicante.

Avant même de construire le futur, toute une génération avait commencé par jouer avec lui.


🖖 Puis les enfants ont grandi

Et c’est là que l’histoire devient fascinante.

Certains de ces enfants sont devenus scientifiques.

D’autres ingénieurs.

Informaticiens.

Électroniciens.

Techniciens.

Designers.

La NASA elle-même a consacré plusieurs témoignages aux scientifiques et ingénieurs pour lesquels Star Trek a constitué une influence importante dans leur jeunesse et dans leur intérêt pour les sciences et l’exploration.

Mais il serait réducteur de limiter cette influence à la NASA.

Star Trek fait partie de la culture fondatrice de toute une génération de nerds américains.

Et ce n’est pas forcément une influence consciente.

Personne n’a besoin de se réveiller à quinze ans en déclarant :

« Grâce à cet épisode, je serai ingénieur informaticien. »

L’influence peut être beaucoup plus discrète.

Vous regardez Spock utiliser son ordinateur.

Vous voyez Scotty sauver l’Enterprise pour la trente-septième fois.

Vous jouez avec un communicateur.

Vous rêvez d’avoir un tricordeur.

Puis vous grandissez.

Et quelque part dans votre tête reste cette idée :

la technologie, c’est formidable. On peut comprendre les machines. On peut les construire. On peut améliorer le monde grâce à elles.


🔧 Scotty : premier héros du technicien ?

Personnellement, parmi les personnages qui m’ont marqué très jeune, il y avait notamment Scotty.

Et ce n’est finalement pas difficile de comprendre pourquoi.

Scotty est l’homme que l’on appelle lorsque la situation devient impossible.

Le moteur ne fonctionne plus ?

Scotty !

Le vaisseau va exploser ?

Scotty !

Il faut demander à une machine deux fois plus qu’elle n’est théoriquement capable de fournir ?

Encore :

SCOTTY !

C’est presque l’ancêtre glorifié du support technique.

Il y a toujours quelqu’un qui explique que « ça ne marche pas »…

…et Scotty doit découvrir pourquoi.

Mais Deep Space Nine ira encore plus loin.

Parce qu’avec Miles O’Brien, Star Trek nous offre probablement le saint patron officiel de tous les techniciens de support informatique.


🛠️ Miles O’Brien : « Chef ! Ça ne marche plus ! »

L’ouverture de l’épisode « Babel » de Deep Space Nine devrait probablement être montrée lors de toute formation au support informatique.

O’Brien court littéralement d’une panne à l’autre.

Des personnes sont bloquées dans un sas.

Un capitaine de cargo veut qu’on répare son convertisseur d’antimatière.

Dax a un problème dans son laboratoire.

Le système de navigation de Kira fonctionne mal.

O’Brien répare.

Encore.

Et encore.

Kira finit par lui faire remarquer qu’il aurait besoin de dormir.

O’Brien répond qu’il se contenterait déjà de cinq minutes de paix et de tranquillité.

Et naturellement…

à cet instant précis…

Sisko goûte ce que vient de lui fournir le réplicateur.

Ce n’est manifestement pas son meilleur café.

Et nous entendons :

« Chief! »

Le réplicateur n’a toujours pas été réparé.

Évidemment.

O’Brien repart donc travailler.

Et lorsqu’il se retrouve enfin seul, il commence à imiter intérieurement toutes les demandes qu’il reçoit :

« Réparez les réplicateurs, Chef… »

« Ma console est hors ligne, Chef… »

avant de conclure qu’il aurait peut-être dû demander une mutation sur un cargo automatisé :

pas de gens, pas de plaintes.

Tous les techniciens informatiques du monde viennent de verser une larme.


☕ Quand tout fonctionne, personne ne connaît O’Brien

C’est peut-être ce que j’aime particulièrement chez lui.

O’Brien n’est pas seulement « l’ingénieur génial ».

Il représente aussi celui qui maintient le système en fonctionnement.

Et c’est très différent.

Quand tout fonctionne correctement :

personne ne pense à lui.

Quand un sas tombe en panne :

« Chef ! »

Quand une console tombe en panne :

« Chef ! »

Quand le réplicateur fait un mauvais café :

« CHEF ! »

Quand une technologie cardassienne vieille de plusieurs décennies décide qu’aujourd’hui elle ne fonctionnera tout simplement plus :

« CHEEEEEF ! »

Voilà.

Bienvenue au support technique de Deep Space Nine.

Votre ticket a bien été enregistré.

Temps d’attente estimé :

trois heures, deux guerres interstellaires et une anomalie subspatiale.


🍎 Et pendant ce temps-là, les ordinateurs deviennent personnels

Puis l’informatique réelle évolue.

Apple I.

Apple II.

Macintosh.

Interfaces graphiques.

Ordinateurs compacts.

Machines de plus en plus personnelles.

La technologie quitte progressivement les immenses salles informatiques pour venir s’installer sur nos bureaux, puis dans nos sacs et finalement dans nos poches.

Et quelque chose d’amusant se produit alors.

Star Trek commence à regarder ce que nous avons réellement construit.

Les interfaces deviennent plus graphiques.

Les écrans deviennent omniprésents.

Les PADD apparaissent.

Les consoles évoluent.

Puis, plusieurs décennies plus tard, Strange New Worlds doit faire quelque chose d’encore plus étrange :

recréer en 2022 le futur que Star Trek avait imaginé en 1966.

Les décorateurs doivent donc respecter TOS…

mais ils travaillent dans un monde qui a connu les Macintosh, les PC, les smartphones, les tablettes et les écrans tactiles.

La boucle est bouclée.


🔄 La grande boucle geek

Finalement, on pourrait résumer toute cette histoire ainsi :

Star Trek imagine le futur.

Des enfants regardent Star Trek.

Ils jouent avec des communicateurs et des tricordeurs.

Ils grandissent.

Certains deviennent ingénieurs, informaticiens, techniciens et designers.

Ils construisent de vraies technologies.

Ces technologies influencent notre vision du futur.

Star Trek regarde ces nouvelles technologies pour imaginer à nouveau le futur.

Et cinquante ans plus tard, un Trekkie regarde le poste de Spock dans Strange New Worlds et pense :

« Tiens… on dirait presque un Macintosh Classic II. »

Magnifique.


🖖🍎 Alors… Spock était-il un Mac user ?

Non.

Soyons sérieux cinq minutes.

Le Macintosh Classic II est sorti en 1991.

Spock travaillait déjà devant sa console en 1966.

Mais peut-être que la vraie question n’est pas :

« Spock utilisait-il un Mac ? »

Peut-être devrait-elle être :

« Combien d’enfants qui regardaient Spock ont ensuite participé à l’invention des ordinateurs que nous utilisons aujourd’hui ? »

Et là, la réponse devient beaucoup plus intéressante.

Steve Wozniak regardait Star Trek pendant la période où il travaillait sur les projets qui allaient mener à l’Apple I.

Des scientifiques et ingénieurs de la NASA racontent avoir été inspirés par la série.

Des enfants jouaient dans les années 1970 avec des communicateurs Star Trek transformés en véritables talkies-walkies.

Et quelques décennies plus tard, nous avons dans nos poches des appareils capables de communiquer avec la planète entière, de localiser notre position, d’accéder à presque toute la connaissance humaine et même de répondre lorsque nous leur parlons.

Le tricordeur n’est pas encore complètement là.

L’ordinateur de l’Enterprise non plus.

Et malheureusement, mon Mac refuse toujours obstinément de produire un café raktajino.

Mais nous progressons.


🖖 Soyez un bon Trekkie.

🍎 Soyez un bon Mac user.

Et si un jour votre ordinateur refuse de fonctionner…

ne paniquez pas.

Ne frappez pas la console.

Ne demandez surtout pas une surcharge du relais EPS.

Appelez simplement le support informatique.

Quelque part, un descendant spirituel de Miles O’Brien soupirera :

« Oui… j’arrive. »

« Je regarde mon épisode de Star Trek de la semaine… et parfois, sans vraiment savoir pourquoi, j’ai soudain envie de manger une pomme. » 🍎🖖


🔗 Pour aller plus loin

Steve Wozniak a raconté à Fast Company son intérêt pour Star Trek, qu’il regardait régulièrement à l’époque de ses projets menant à l’Apple I, ainsi que son déplacement à une convention Star Trek à Los Angeles.

La NASA revient sur l’influence de Star Trek auprès de plusieurs générations de scientifiques et d’ingénieurs.

Les communicateurs Star Trek commercialisés par Mego en 1974 étaient de véritables talkies-walkies destinés aux enfants.

Le début de l’épisode « Babel » de Star Trek: Deep Space Nine met explicitement en scène Miles O’Brien épuisé par l’accumulation continuelle des réparations sur la station.


📚 Sources

  • NASA – 55 ans de relations avec Star Trek : retour officiel sur plus d’un demi-siècle d’influence réciproque entre Star Trek, scientifiques, ingénieurs et astronautes.

  • Fast Company — Steve Wozniak et Star Trek : pour le passage concernant l’intérêt de Wozniak pour la série et les conventions Star Trek au moment où se développait son activité informatique.
  • Chakoteya — DS9, “Babel” : transcription de l’épisode avec O’Brien réclamant quelques minutes de tranquillité, puis immédiatement rappelé par Sisko pour les réplicateurs.
    Transcription de « Babel »

✍️ Entre deux pannes de réplicateur, sous la plume d’Archer. 🖖🍎