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son dans l'univers<br />

Les sons de Star Trek : donner une voix au silence de l’espace

🔊 Écouter Star Trek

Un son suffit parfois à identifier tout un univers.

Extrait sonore présenté à titre d’illustration de l’identité sonore de Star Trek.


Une porte qui s’ouvre, un communicateur qui émet quelques bips, un téléporteur qui s’active, un phaser qui tire ou une alerte rouge qui retentit : il suffit parfois de quelques secondes pour reconnaître immédiatement l’univers de Star Trek.

Le son n’est pas un simple accompagnement de l’image. Depuis la série originale, il participe pleinement à la construction de cet univers. Les vaisseaux, les technologies, les lieux et même certaines situations possèdent une véritable identité sonore.

Cette importance est d’autant plus paradoxale que l’espace réel est presque entièrement silencieux. Star Trek donne donc littéralement une voix à un environnement qui, physiquement, n’en possède pas.

Un univers que l’on peut reconnaître les yeux fermés

Certains sons de Star Trek sont devenus aussi reconnaissables que ses uniformes ou ses vaisseaux.

Les portes automatiques de l’Enterprise constituent probablement l’un des meilleurs exemples. Leur glissement caractéristique ne ressemble pas simplement à une porte ordinaire : il est immédiatement associé au vaisseau et à son environnement technologique.

Il en va de même pour le téléporteur. Sa matérialisation sonore accompagne tellement étroitement l’effet visuel que les deux semblent désormais indissociables. Les communicateurs, les scanners médicaux, les consoles de la passerelle, les phaseurs ou encore les différentes alertes forment également un véritable vocabulaire sonore.

Dans la série originale, cette identité fut largement créée par les monteurs et concepteurs sonores Douglas Grindstaff, Joseph Sorokin et Jack Finlay. Leur travail donna notamment naissance aux sons des portes de la passerelle, du téléporteur, des communicateurs, des phaseurs, de l’alerte rouge ou encore des appareils médicaux.

Dans Star Trek, un son n’accompagne pas seulement une action :
il peut identifier un lieu, une technologie ou toute une situation.

Quand un son devient une empreinte

Une image peut montrer un lieu, un objet ou une situation. Le son, lui, peut parfois aller plus loin : il peut nous replonger instantanément dans une ambiance, faire ressurgir une émotion et reconstruire mentalement tout un environnement.

Il suffit par exemple d’entendre le bruit caractéristique du téléporteur de Star Trek pour ne pas seulement identifier une technologie. Ce son peut faire apparaître immédiatement dans l’esprit la salle de téléportation, la lumière, l’attente avant la matérialisation, le départ ou l’arrivée d’un équipage. Quelques secondes suffisent pour rappeler tout un univers.

Le son agit ainsi comme une véritable empreinte sensorielle. Une image transmet principalement ce qu’elle montre à un instant donné, tandis qu’un son peut suggérer un mouvement, une distance, un rythme, une tension, une présence ou une atmosphère. Il s’inscrit dans le temps et peut donc faire ressentir une situation plutôt que simplement la représenter.

Cette force est particulièrement visible dans Star Trek. Voir l’Enterprise sur une image permet de reconnaître le vaisseau ; entendre son environnement sonore, les consoles, les portes, les communications et les moteurs donne beaucoup plus facilement l’impression de se trouver à bord.

La mémoire auditive joue alors un rôle essentiel. Lorsqu’un son a été associé suffisamment longtemps à un lieu, à une technologie ou à une émotion, il peut devenir un raccourci mental extrêmement puissant. Quelques notes, quelques bips ou un simple bruit mécanique peuvent suffire à faire revenir toute une situation dans la mémoire.

Créer le futur avec les moyens des années 1960

La force de ces sons est d’autant plus remarquable qu’ils furent produits avec des moyens techniques très éloignés des stations numériques contemporaines.

Les concepteurs sonores utilisaient des enregistrements existants, des instruments, des effets analogiques, des inversions de bandes, des modifications de vitesse ou des assemblages de plusieurs sources afin de fabriquer des sons qui ne devaient ressembler à rien de connu.

Une partie des effets de la série originale fut même créée à partir de procédés musicaux. Des dispositifs dérivés d’instruments électroniques furent utilisés pour produire notamment certains sons du téléporteur et des équipements médicaux. Alexander Courage participa également à la création de plusieurs effets sonores lors des séances d’enregistrement musical.

Cette contrainte technique eut un effet inattendu : elle donna à Star Trek une signature sonore extrêmement forte. Les sons étaient relativement simples, lisibles et facilement identifiables, notamment parce que les téléviseurs de l’époque ne disposaient généralement que de petits haut-parleurs monophoniques.

Le vaisseau lui-même possède une ambiance sonore

Le génie du design sonore de Star Trek ne réside pas uniquement dans quelques bruitages célèbres. L’Enterprise possède aussi un environnement sonore permanent.

La passerelle n’est jamais réellement silencieuse. On y entend des bips, des signaux, des pulsations électroniques, des communications, des consoles et des sons de fond qui donnent l’impression que le vaisseau fonctionne continuellement.

Douglas Grindstaff expliquait que Gene Roddenberry accordait une grande importance à cette dimension. Les différentes parties de l’Enterprise devaient même posséder des ambiances distinctes : la passerelle, l’ingénierie ou l’infirmerie ne devaient pas « sonner » de la même manière.

Le spectateur ne voit donc pas seulement un vaisseau spatial : il l’entend vivre.

Le sifflet de bosco : Starfleet et l’héritage naval

Parmi les sons les plus particuliers de Star Trek figure le fameux sifflet entendu lors de certaines annonces ou cérémonies à bord.

Il ne s’agit pas d’une invention futuriste. Il dérive du boatswain’s call, appelé en français sifflet de bosco ou sifflet de manœuvre, utilisé historiquement dans les marines pour transmettre des ordres ou signaler certaines cérémonies.

Ce type de sifflet permettait notamment de transmettre des signaux audibles au-dessus du bruit du vent, de la mer et des activités du navire. Il fut également utilisé pour saluer officiellement l’arrivée d’un officier ou d’une personnalité à bord.

Son utilisation dans Star Trek rappelle que Starfleet reprend volontairement de nombreux codes de la tradition maritime : passerelle, capitaine, officiers, quartiers, journal de bord ou encore cérémonial naval.

Le son comme langage technologique

Dans Star Trek, une technologie n’existe presque jamais seulement par son apparence.

Le communicateur indique qu’une liaison est ouverte. Le tricordeur signale qu’une analyse est en cours. Le téléporteur annonce le passage d’un état à un autre. Le phaser possède plusieurs signatures selon son utilisation. L’ordinateur confirme ou refuse certaines commandes à travers des sons immédiatement reconnaissables.

Le son devient ainsi une véritable interface entre l’être humain et la machine.

Cette idée demeure très actuelle. Nos propres appareils utilisent des notifications, des confirmations sonores, des alarmes et des signaux d’état. Star Trek avait déjà compris qu’une technologie crédible ne devait pas seulement être visible : elle devait aussi communiquer avec ses utilisateurs.

Moderniser sans perdre l’identité

Les productions plus récentes ont dû résoudre un problème délicat : comment moderniser des sons créés dans les années 1960 sans perdre ce qui les rend reconnaissables ?

Lors du film Star Trek de 2009, l’équipe sonore expliquait par exemple qu’elle souhaitait conserver la parenté avec les sons historiques tout en augmentant leur richesse, leur précision et leur impact. Les sons du téléporteur, des communicateurs, des boutons ou des phaseurs furent donc retravaillés plutôt que simplement abandonnés.

Cette continuité montre qu’un bruitage peut devenir un élément patrimonial. Modifier totalement le son d’une porte, d’un phaser ou d’un téléporteur reviendrait presque à modifier leur apparence.

Mais dans l’espace, personne ne devrait rien entendre

Dans le vide spatial, le son ne se propage pas.
Le paysage sonore de Star Trek est donc avant tout un choix narratif et sensoriel.

Il existe pourtant un paradoxe fondamental.

Le son est une onde mécanique. Pour se propager, il nécessite un milieu matériel : de l’air, de l’eau ou un matériau solide. Dans le vide spatial, il n’existe pas suffisamment de matière pour transmettre les vibrations acoustiques ordinaires.

Une explosion située dans l’espace ne produirait donc pas, pour un observateur extérieur, le spectaculaire grondement que nous entendons au cinéma ou à la télévision.

Les moteurs des vaisseaux, les tirs de phaseurs et les batailles spatiales de Star Trek utilisent donc une convention audiovisuelle. Ces sons ne décrivent pas nécessairement ce qu’un observateur placé dans le vide pourrait réellement entendre ; ils donnent au spectateur une information et une sensation.

Comment une créature vivant dans le vide pourrait-elle communiquer ?

Cette question devient particulièrement intéressante lorsque Star Trek imagine des formes de vie capables de survivre directement dans l’espace.

Une telle créature ne pourrait probablement pas communiquer dans le vide par des sons comparables à la parole humaine, puisque ces vibrations ne disposeraient d’aucun milieu permettant leur propagation.

Mais l’absence de son ne signifie pas nécessairement l’absence de communication.

Une forme de vie extraterrestre pourrait théoriquement utiliser des émissions électromagnétiques, des variations lumineuses, des ondes radio, des champs électriques ou magnétiques, ou encore des phénomènes physiques que notre biologie n’utilise pas comme moyens de communication.

Ce qui serait pour elle un langage pourrait donc être totalement silencieux pour un être humain.

Le silence de l’espace

Cette absence naturelle de son donne aussi à l’espace une dimension philosophique particulière.

Sur Terre, même lorsque nous croyons être dans le silence, il existe généralement encore des sons : le vent, les animaux, notre respiration, les mouvements d’un bâtiment, le fonctionnement de machines ou simplement notre propre corps.

Le vide spatial est d’une autre nature. Son silence n’est pas simplement une absence temporaire de bruit : il provient de l’absence même du milieu nécessaire à sa propagation.

Pour un être humain, ce silence absolu peut naturellement évoquer l’isolement, le vide et la mort.

Star Trek effectue alors exactement l’opération inverse : il remplit l’espace de sons. Les vaisseaux respirent, les instruments répondent, les portes signalent leur mouvement, les moteurs grondent et les technologies dialoguent avec leurs utilisateurs.

Le son transforme ainsi un environnement physiquement hostile et silencieux en un espace habitable.

Donner une voix au futur

Le succès du design sonore de Star Trek montre finalement que la construction d’un monde ne passe pas uniquement par les décors, les costumes ou les effets spéciaux.

Elle passe aussi par ce que l’on entend.

Les sons de Star Trek permettent au spectateur de reconnaître immédiatement une technologie, un lieu ou une situation. Ils participent à la cohérence de l’univers et traversent parfois plusieurs générations de séries.

Une simple porte peut alors devenir aussi emblématique qu’un vaisseau.

Et c’est peut-être là l’un des paradoxes les plus beaux de la saga : dans un espace où aucun son ne devrait se propager, Star Trek a construit l’un des univers sonores les plus reconnaissables de la science-fiction.


Sources

  • StarTrek.com —
    « Remembering Douglas Grindstaff, 1931-2018 » :
    rôle de Douglas Grindstaff, Joseph Sorokin et Jack Finlay dans la création de l’identité sonore de la série originale.
  • Television Academy —
    biographie professionnelle de Douglas H. Grindstaff,
    superviseur des effets sonores des 79 épisodes de la série originale.
  • Designing Sound —
    entretien avec Mark Stoeckinger sur la conception sonore du film
    Star Trek de 2009 et la modernisation des sons historiques de la franchise.
  • Audible —
    dossier consacré à la création des sons historiques de Star Trek,
    notamment le téléporteur et les environnements sonores de l’Enterprise.
  • Documentation sur le boatswain’s call —
    origine et fonction traditionnelle du sifflet de bosco utilisé dans la marine.


    ✍️ Archer