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Le livre de Derek Tyler Attico, The Autobiography of Benjamin Sisko, paraît chez Titan Books en novembre 2023. Présenté comme une autobiographie écrite « dans l’univers » de Star Trek, il donne directement la parole à Benjamin Sisko, commandant puis capitaine de Deep Space Nine, père de Jake, officier de Starfleet et Émissaire des Prophètes de Bajor. PenguinRandomhouse.com
Mais derrière le procédé littéraire se trouve une question beaucoup plus intéressante :
que reste-t-il de l’être humain lorsque toutes ses fonctions publiques disparaissent ?
Sisko est successivement ingénieur, officier, père, veuf, commandant, diplomate, chef militaire, figure religieuse et, finalement, être arraché à l’existence linéaire.
L’autobiographie imaginée par Derek Tyler Attico cherche précisément à retrouver l’homme derrière toutes ces fonctions.
1. Une autobiographie fictive, mais une véritable exploration du personnage
L’ouvrage adopte une construction intéressante.
Après la disparition de Benjamin Sisko à la fin de la guerre du Dominion, Deep Space Nine reçoit depuis le vortex bajoran une transmission contenant plus de cinquante heures d’enregistrements. Jake Sisko entreprend alors de retranscrire ce témoignage de son père. Dans l’introduction, Jake affirme que son devoir de journaliste reste d’abord envers la vérité, alors même que Starfleet, Bajor et sa propre famille cherchent chacun une partie différente de Benjamin Sisko. star-trek.be
Ce choix narratif donne immédiatement au livre une dimension qui dépasse la simple biographie.
Sisko n’est plus seulement observé de l’extérieur.
Il raconte lui-même :
- son enfance ;
- sa famille ;
- ses années de formation ;
- sa carrière dans Starfleet ;
- ses relations ;
- la mort de Jennifer ;
- son rapport à Jake ;
- Deep Space Nine ;
- les Prophètes ;
- le Defiant ;
- et la guerre du Dominion.
Titan Books présente d’ailleurs officiellement le livre comme l’histoire de sa carrière dans Starfleet, de son rôle de père et de sa fonction d’Émissaire, tout en explorant son enfance et ses premières années de service. PenguinRandomhouse.com
2. Avant le capitaine : le fils
L’une des grandes qualités de cette autobiographie est de ne pas commencer par Starfleet.
Elle commence par la famille.
Sisko parle de ses parents, de son enfance à La Nouvelle-Orléans, de son éducation et de la transmission entre générations.
Cette dimension est essentielle pour comprendre le personnage de Deep Space Nine.
Benjamin Sisko est probablement l’un des capitaines de Star Trek dont la vie familiale est la plus présente à l’écran. Il n’entre pas dans l’histoire comme un explorateur solitaire : il arrive sur Deep Space Nine avec son fils, après avoir perdu sa femme.
Le livre développe encore cette dimension.
Sa mère adoptive, Elizabeth, est présentée notamment comme enseignante. Sisko en tire une réflexion remarquable : ce ne sont pas uniquement les technologies ou les ingénieurs qui construisent l’avenir, mais les personnes qui éduquent les générations suivantes. star-trek.be
Cette idée rejoint profondément la vision humaniste de Star Trek.
Une civilisation avancée ne se mesure pas uniquement à :
- la vitesse de ses vaisseaux ;
- la puissance de ses ordinateurs ;
- son niveau énergétique ;
- ou son développement économique.
Elle se mesure également à sa capacité à transmettre le savoir, développer l’esprit critique et former des individus autonomes.
Lecture STFE
L’avenir de la Fédération repose moins sur ses machines que sur les êtres capables d’apprendre, d’enseigner et de transmettre.
C’est également ce que Benjamin fera avec Jake.
3. Benjamin Sisko, père avant d’être capitaine
La relation entre Benjamin et Jake Sisko constitue l’un des axes fondamentaux de Deep Space Nine.
L’autobiographie pousse cette logique jusqu’à sa conclusion naturelle : c’est finalement à Jake que Benjamin raconte son histoire.
Son récit n’est donc pas réellement destiné au public.
C’est d’abord une transmission d’un père à son fils.
Le premier chapitre commence alors que Sisko vient de rejoindre les Prophètes. Il se souvient notamment des événements de The Visitor, dans lesquels une autre version de Jake sacrifie progressivement sa propre existence dans l’espoir de retrouver son père.
Benjamin explique qu’il ne veut pas que son fils reproduise cette vie de deuil et d’obsession. star-trek.be
Cette idée permet de comprendre l’une des grandes différences entre Sisko et de nombreux autres capitaines de Star Trek.
Son commandement n’efface jamais sa vie privée.
Il doit constamment être :
capitaine et père.
Et parfois les deux responsabilités entrent en conflit.
Lecture STFE
Le responsable politique ou militaire n’est pas une fonction abstraite.
Derrière l’uniforme demeure un individu ayant :
- une famille ;
- une histoire ;
- des blessures ;
- des attachements ;
- et des obligations morales qui ne disparaissent pas avec le grade.
C’est précisément ce qui humanise le commandement.
4. Wolf 359 : commander après avoir été brisé
Avant Deep Space Nine, Sisko subit l’un des traumatismes majeurs de l’histoire de la Fédération : Wolf 359.
La destruction de l’USS Saratoga et la mort de Jennifer structurent profondément le personnage que nous rencontrons dans Emissary.
Sisko ne commence donc pas Deep Space Nine comme un homme porté par l’enthousiasme de l’exploration.
Il commence par le deuil.
C’est une différence fondamentale avec Kirk, Picard ou même Janeway.
Avant de pouvoir commander Deep Space Nine, Sisko doit d’abord reconstruire une vie.
La série montre progressivement cette reconstruction :
Deep Space Nine devient un foyer.
Jake grandit.
Sisko retrouve l’amour avec Kasidy Yates.
Il crée des liens avec Kira, Dax, O’Brien, Bashir, Odo et les autres membres de l’équipage.
Le commandement devient ainsi une reconstruction collective autant qu’une fonction professionnelle.
5. L’homme qui construit le Defiant
L’autobiographie revient également longuement sur la participation de Sisko au développement du USS Defiant.
Après Wolf 359, Starfleet comprend qu’elle doit pouvoir répondre à la menace borg. Sisko participe alors au développement d’un vaisseau radicalement différent des grands bâtiments d’exploration de la Fédération.
Le Defiant est compact, lourdement armé et conçu avant tout pour le combat.
Le site STFE le présente justement comme un « vaisseau de guerre assumé », symbole de la défense de la Fédération face au Dominion.
https://stfe-federation.net
Cette histoire pose une question centrale :
comment une société fondée sur l’exploration et la coopération réagit-elle lorsqu’elle rencontre une puissance qui menace son existence ?
Sisko se trouve précisément au centre de cette contradiction.
Il appartient à Starfleet.
Il croit aux valeurs fédérales.
Mais il sait également que certaines menaces ne disparaissent pas simplement par le dialogue.
6. L’Émissaire : exercer un pouvoir que l’on n’a jamais demandé
Sisko porte ensuite une responsabilité plus étrange encore.
Pour les Bajorans, il est l’Émissaire des Prophètes.
Au début, il refuse cette fonction.
Comment un officier humain de Starfleet pourrait-il accepter d’occuper une position religieuse aussi importante dans une société étrangère ?
Le problème devient rapidement politique, culturel et philosophique.
Dans son autobiographie, Sisko décrit explicitement le poids de cette responsabilité. Il explique qu’il n’a jamais recherché le pouvoir ni l’influence et insiste sur le fait qu’il ne se considère ni comme un messie ni comme un être magique, mais simplement comme un homme. star-trek.be
Cette phrase est probablement l’une des clés du personnage.
Sisko accepte progressivement d’être l’Émissaire, mais refuse de transformer cette position en justification de sa propre supériorité.
Lecture STFE
Le véritable problème du pouvoir n’est pas seulement :
« Combien de pouvoir possède-t-on ? »
Mais :
« Comment utilise-t-on le pouvoir que d’autres nous attribuent ? »
Cette question devient particulièrement importante dans le cas de Sisko, puisque son autorité ne provient pas uniquement de Starfleet.
Elle repose aussi sur la croyance de millions de Bajorans.
7. La guerre du Dominion : le poids de la responsabilité
La dernière partie de l’autobiographie devient naturellement beaucoup plus sombre.
Lorsque Sisko rencontre les Jem’Hadar et assiste à la destruction de l’USS Odyssey, il comprend que le Dominion représente une menace d’une nature nouvelle. star-trek.be
La guerre qui suit transforme profondément Deep Space Nine et la Fédération elle-même.
STFE l’a déjà abordé dans son histoire de la Fédération : entre 2373 et 2375, la guerre du Dominion constitue l’un des conflits les plus graves de son histoire et contraint Starfleet à fonctionner comme une véritable force militaire à grande échelle. https://stfe-federation.net
Mais l’autobiographie ajoute une dimension intime.
Sisko finit par considérer que la guerre s’est déclenchée sous son commandement et ressent personnellement le poids :
- des vaisseaux détruits ;
- des familles décimées ;
- des mondes occupés ;
- et des morts provoquées par le conflit. star-trek.be
Objectivement, Sisko n’est évidemment pas à lui seul responsable de la guerre.
Mais psychologiquement, le commandant ne peut pas complètement séparer les décisions prises des êtres qui en subissent les conséquences.
C’est toute la différence entre être responsable et simplement posséder l’autorité.
8. Commander, c’est parfois décider sans bonne solution
C’est probablement ici que Sisko devient l’un des personnages les plus intéressants de Star Trek.
Picard représente souvent la recherche du principe juste.
Sisko se retrouve plus fréquemment confronté à une situation différente :
que faire lorsqu’aucune solution n’est totalement juste ?
La guerre du Dominion l’oblige à affronter :
- l’espionnage ;
- les pertes civiles ;
- les alliances de circonstance ;
- la nécessité militaire ;
- la manipulation ;
- le compromis moral ;
- et parfois le moindre mal.
Deep Space Nine ne transforme pas pour autant la Fédération en puissance cynique.
Au contraire.
La série montre combien ces décisions coûtent à ceux qui veulent continuer à défendre une société fondée sur le droit.
La fin de la guerre reste d’ailleurs suivie d’un retour au droit : cessation des hostilités, retrait des forces du Dominion, restitution des territoires et restauration des souverainetés. STFE l’a déjà développé dans son étude des traités de la Fédération. https://stfe-federation.net
La victoire militaire n’est donc pas destinée à devenir une conquête permanente.
9. La solitude du commandement
Le mot « solitude » ne signifie pas que Sisko est isolé.
Il possède au contraire une famille, un équipage et de nombreux amis.
Mais certaines décisions ne peuvent pas réellement être partagées.
Le capitaine reçoit les avis.
Il consulte ses officiers.
Il transmet parfois les ordres de Starfleet.
Mais, au moment décisif, quelqu’un doit choisir.
Et cette responsabilité ne peut pas être distribuée entièrement entre les membres de l’équipage.
C’est peut-être l’un des thèmes les plus réalistes du commandement dans Deep Space Nine.
Plus Sisko dispose d’autorité, plus certaines décisions deviennent solitaires.
Le grade n’est donc pas seulement un privilège.
Il est aussi une charge.
10. Sisko et le refus du héros parfait
L’autobiographie fonctionne particulièrement bien parce que Benjamin Sisko n’est jamais présenté comme un héros absolument pur.
Il :
- doute ;
- souffre ;
- se trompe ;
- se met en colère ;
- change d’avis ;
- porte des traumatismes ;
- éprouve de la culpabilité ;
- prend parfois des décisions moralement difficiles.
Mais précisément pour cette raison, son engagement possède davantage de valeur.
Il n’agit pas correctement parce qu’il serait incapable de faire autrement.
Il doit constamment choisir ce qu’il estime juste dans un univers imparfait.
C’est une vision beaucoup plus exigeante de la morale.
11. Un capitaine entre plusieurs mondes
Benjamin Sisko finit par occuper simultanément plusieurs espaces :
Starfleet
Il représente une institution rationnelle, scientifique et fédérale.
Bajor
Il devient une figure centrale d’une tradition religieuse qu’il ne partageait initialement pas.
La famille
Il demeure fils, père, veuf puis époux.
La guerre
Il devient commandant militaire.
Les Prophètes
Il finit par entrer dans une forme d’existence qui échappe au temps linéaire.
Sisko n’abandonne pourtant jamais complètement l’un de ces mondes au profit des autres.
C’est probablement pour cela qu’il demeure difficile à réduire à une seule définition.
Il n’est pas seulement :
le capitaine de Deep Space Nine ;
ni l’Émissaire ;
ni le héros de la guerre du Dominion.
Il est le point de rencontre de toutes ces identités.
12. Lecture STFE — Le pouvoir comme responsabilité
L’autobiographie de Benjamin Sisko permet finalement de dégager une conception particulièrement intéressante du pouvoir.
Le responsable n’est pas celui qui commande parce qu’il serait supérieur aux autres.
Il est celui à qui une communauté confie temporairement davantage de responsabilités.
Cette responsabilité implique :
- d’écouter ;
- de décider ;
- d’accepter la critique ;
- de protéger ;
- de reconnaître ses erreurs ;
- et de supporter les conséquences de ses choix.
Sisko possède successivement une autorité militaire, politique et même religieuse.
Pourtant, le livre revient continuellement vers la même idée :
sous toutes ces fonctions demeure un homme.
C’est peut-être précisément ce qui empêche le pouvoir de devenir absolu.
Conclusion — Ce que Benjamin Sisko laisse derrière lui
Le titre du dernier épisode de Deep Space Nine, What You Leave Behind, pourrait également résumer toute cette autobiographie.
Que laisse-t-on derrière soi ?
Un vaisseau ?
Une victoire ?
Un grade ?
Une institution ?
Une légende ?
Pour Benjamin Sisko, la réponse semble finalement beaucoup plus simple.
Il laisse :
un fils ;
une famille ;
des personnes qu’il a aidées ;
un équipage transformé par les années passées ensemble ;
et les conséquences des décisions qu’il a prises.
Le capitaine disparaît.
L’Émissaire disparaît.
Mais ce qu’il a transmis demeure.
Et c’est peut-être là que The Autobiography of Benjamin Sisko rejoint le mieux l’idéal de Star Trek :
la valeur d’une existence ne réside pas seulement dans le pouvoir que l’on a exercé, mais dans ce que l’on a permis aux autres de devenir.
📚 Sources
- Derek Tyler Attico, The Autobiography of Benjamin Sisko, Titan Books, 2023, ISBN 978-1-80336-623-4. Google Livres
- Édition/traduction française consultée sur Star-Trek.be, Benjamin Sisko Autobiographie. star-trek.be
- StarTrek.com, « Announcing The Autobiography of Benjamin Sisko », 17 janvier 2023. Star Trek
- Titan Books, fiche officielle de The Autobiography of Benjamin Sisko. titanbooks.com
- STFE, « Les traités de la Fédération — De la guerre à la coopération ». https://stfe-federation.net
🔗 Pour aller plus loin
- STFE — Les traités de la Fédération : de la guerre à la coopération : guerre du Dominion, neutralité de Bajor et retour au droit après le conflit.
Lire l’article STFE - STFE — La Fédération et son histoire : Wolf 359, les Borgs et la guerre du Dominion. Lire l’article STFE
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✍️ Archer
