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🖐️ Fiche Histoire n°31 – Star Trek et les relations de genre : patriarcat, égalité, identités
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🟦 Introduction
Depuis 1966, Star Trek imagine un futur dans lequel les rapports entre les femmes et les hommes ont profondément évolué.
La franchise n’a cependant jamais été totalement en avance sur son époque. Elle a souvent reflété les limites culturelles et sociales de la période durant laquelle chaque série était produite.
Son évolution est donc progressive :
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dans les années 1960, Uhura occupe déjà un poste d’officier sur la passerelle de l’Enterprise ;
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dans les années 1980 et 1990, les femmes prennent une place croissante dans les fonctions scientifiques, médicales et de commandement ;
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en 1995, Kathryn Janeway devient la première femme capitaine à être le personnage principal d’une série Star Trek ;
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les séries plus récentes développent beaucoup plus explicitement les questions liées au genre, à l’orientation sexuelle et aux identités.
👉 Star Trek ne présente donc pas une évolution linéaire vers l’égalité : la franchise avance avec son époque, parfois en avance sur elle, parfois avec ses propres contradictions.
🟦 Les années 1960 : une révolution encore incomplète
Lorsque Star Trek: The Original Series débute en 1966, la télévision américaine reste profondément marquée par les rôles traditionnels attribués aux femmes.
La présence de Nyota Uhura sur la passerelle de l’Enterprise constitue néanmoins une rupture importante.
Elle est :
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officier de Starfleet ;
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spécialiste des communications ;
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membre permanent de l’équipage ;
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présente au cœur du fonctionnement du vaisseau.
Cette représentation contribue à montrer une société future dans laquelle une femme peut occuper une fonction professionnelle qualifiée indépendamment de son sexe ou de son origine.
Mais la série originale reste aussi marquée par les normes de son époque.
Les femmes sont encore fréquemment :
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sexualisées ;
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confinées à certaines fonctions ;
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beaucoup moins nombreuses que les hommes dans les postes de commandement.
👉 La série ouvre donc une porte sans encore parvenir à franchir complètement les limites culturelles des années 1960.
🟦 The Next Generation : l’égalité devient davantage institutionnelle
Avec Star Trek: The Next Generation, lancé en 1987, l’égalité entre les sexes apparaît davantage intégrée dans le fonctionnement quotidien de Starfleet.
Les femmes peuvent exercer de nombreuses fonctions :
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médecin ;
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scientifique ;
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ingénieure ;
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officier ;
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diplomate ;
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commandante de vaisseau.
Des personnages comme Beverly Crusher et Deanna Troi disposent d’une véritable autorité professionnelle.
Crusher dirige le service médical de l’Enterprise-D et exerce également des responsabilités de commandement.
Troi siège régulièrement auprès du capitaine Picard et intervient dans les décisions diplomatiques et psychologiques.
La série conserve néanmoins certaines représentations héritées de son époque, notamment dans la manière dont certains personnages féminins sont mis en scène.
🟦 « The Outcast » : identité de genre et conformité sociale
L’épisode « The Outcast » de The Next Generation, diffusé en 1992, constitue l’un des premiers traitements explicites par Star Trek des questions de genre et de conformité sociale.
Les J’naii forment une société officiellement androgyne dans laquelle l’identification à un sexe est considérée comme anormale.
Soren affirme pourtant se sentir femme.
Cette identité est rejetée par sa société.
Elle est arrêtée puis soumise à un traitement destiné à supprimer cette différence.
L’épisode constitue une métaphore évidente :
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de la répression des minorités sexuelles ;
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du rejet des identités considérées comme non conformes ;
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des thérapies dites de « conversion » ;
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de la pression exercée par la société pour imposer une norme.
👉 La force de l’épisode réside moins dans une équivalence directe avec une identité contemporaine précise que dans sa dénonciation de l’obligation de se conformer à une identité imposée.
Jonathan Frakes a d’ailleurs expliqué par la suite qu’il aurait souhaité que Soren soit interprétée par un homme afin que l’allégorie homosexuelle soit encore plus explicite.
🟦 Deep Space Nine : Jadzia Dax et la continuité de l’identité
Avec Jadzia Dax, Deep Space Nine introduit une conception particulièrement intéressante de l’identité.
Jadzia est une Trill unie à un symbiote, Dax.
Avant elle, ce même symbiote a vécu dans plusieurs hôtes différents, hommes et femmes.
Jadzia conserve :
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les souvenirs ;
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une partie des expériences ;
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certaines relations ;
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les attaches émotionnelles de ses prédécesseurs.
Pour ses anciens amis klingons, elle reste ainsi en partie la continuité de Curzon Dax, bien que son nouvel hôte soit une femme.
Cette situation permet à la série d’interroger indirectement :
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la permanence de l’identité ;
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la distinction entre corps et personnalité ;
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la fluidité du genre ;
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la continuité des relations au-delà du sexe biologique.
Certaines personnes trans ou non binaires ont ainsi reconnu dans Dax une représentation symbolique de leur propre expérience.
Mais il est important de distinguer cette lecture contemporaine du canon :
👉 Jadzia Dax n’a pas été écrite explicitement comme un personnage trans ou non binaire.
Son existence permet néanmoins à Star Trek d’explorer très tôt des notions qui dépassent une conception strictement binaire et biologique de l’identité.
🟦 « Rejoined » : amour, tabou et représentation
L’épisode « Rejoined », diffusé en 1995, marque également une étape importante.
Jadzia Dax retrouve Lenara Kahn.
Leurs symbiotes avaient été mariés dans des hôtes précédents, alors masculins et féminins.
Dans leur nouvelle incarnation, les deux personnages sont des femmes.
Leur relation conduit à l’un des premiers baisers entre deux femmes dans une série télévisée américaine de grande diffusion.
L’épisode ne présente pourtant pas l’homosexualité comme problématique.
Le tabou vient de la société trill : les symbiotes ne doivent normalement pas reprendre les relations de leurs vies précédentes.
Ce procédé permet à la série de parler de relations interdites sans présenter l’orientation sexuelle elle-même comme une faute.
🟦 Voyager : Kathryn Janeway et le commandement féminin
Avec le lancement de Star Trek: Voyager en 1995, Kathryn Janeway devient la première femme capitaine à être le personnage principal d’une série Star Trek.
Ce changement est important.
Janeway n’est pas définie principalement comme « une femme capitaine ».
Elle est simplement le capitaine.
Elle exerce toutes les fonctions traditionnellement associées aux commandants de Star Trek :
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autorité militaire ;
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responsabilité morale ;
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décisions diplomatiques ;
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décisions scientifiques ;
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protection de l’équipage.
Elle peut se montrer :
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autoritaire ;
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compassionnelle ;
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scientifique ;
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diplomate ;
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parfois contradictoire.
Cette complexité contribue précisément à normaliser l’idée qu’une femme peut exercer le commandement sans devoir être enfermée dans un modèle féminin particulier.
👉 Avec Janeway, le commandement féminin cesse progressivement d’être présenté comme exceptionnel dans l’univers de Star Trek.
🟦 Seven of Nine : corps, autonomie et reconstruction de soi
Seven of Nine introduit une autre dimension.
Ancienne Borg, elle doit reconstruire son identité après avoir passé une grande partie de sa vie au sein du Collectif.
Son parcours aborde notamment :
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la réappropriation de son corps ;
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l’autonomie individuelle ;
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le rapport entre identité collective et identité personnelle ;
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la difficulté de déterminer qui l’on souhaite devenir.
Seven refuse souvent les catégories simples.
Elle n’est plus véritablement Borg, mais elle ne devient jamais non plus exactement la personne qu’aurait été Annika Hansen sans assimilation.
Elle construit progressivement une identité nouvelle.
Des lectures contemporaines ont rapproché ce parcours des expériences trans, non binaires ou queer, notamment en raison de son rapport au corps, au nom, à l’identité et aux normes sociales.
Ces parallèles sont intéressants, mais ils restent essentiellement interprétatifs concernant Voyager.
Dans Star Trek: Picard, l’orientation queer de Seven devient en revanche explicitement canonique.
🟦 Discovery et les représentations explicites
Avec Star Trek: Discovery, la franchise franchit une nouvelle étape.
Elle ne se contente plus principalement de métaphores.
Des personnages LGBTQ+ deviennent explicitement présents au sein de l’univers.
La série met notamment en scène :
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Hugh Culber ;
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Paul Stamets ;
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Adira Tal ;
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Gray Tal.
Leur identité n’est plus dissimulée derrière une espèce extraterrestre ou une métaphore de science-fiction.
👉 Star Trek passe progressivement de l’allégorie à la représentation directe.
🟨 Analyse STFE : de l’égalité juridique à la pluralité des identités
L’évolution de Star Trek montre également une transformation de la manière dont la société contemporaine pense l’égalité.
Au départ, la question principale était essentiellement :
Une femme peut-elle occuper les mêmes fonctions qu’un homme ?
Progressivement, les questions deviennent beaucoup plus vastes :
Qu’est-ce qui définit l’identité ?
Le sexe biologique détermine-t-il nécessairement le rôle social ?
Une personne peut-elle choisir librement la manière dont elle souhaite être reconnue ?
Une société peut-elle véritablement être libre si elle impose une identité obligatoire ?
Ainsi, Star Trek passe progressivement :
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de l’égalité professionnelle ;
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à l’égalité sociale ;
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puis à la reconnaissance de la diversité des identités.
🟦 Une Fédération sans patriarcat ?
Dans l’univers de Star Trek, la Fédération semble largement avoir dépassé une grande partie des structures patriarcales qui caractérisent nos sociétés contemporaines.
Les fonctions politiques, scientifiques ou militaires ne semblent plus conditionnées par le sexe.
Cependant, la franchise elle-même n’a pas toujours reflété parfaitement cet idéal.
Il faut donc distinguer :
L’univers fictionnel
qui présente une société largement égalitaire,
et la production télévisuelle
qui reste influencée par les normes culturelles de chaque époque.
Cette distinction permet de comprendre certaines contradictions apparentes.
Star Trek peut imaginer une société plus égalitaire tout en reproduisant parfois les stéréotypes du monde dans lequel la série est écrite.
🟦 Enseignement STFE
L’intérêt de Star Trek ne réside pas dans l’idée que la franchise aurait toujours été parfaite ou systématiquement progressiste.
Son intérêt se trouve plutôt dans sa capacité à évoluer.
En soixante ans, elle accompagne une transformation profonde des représentations :
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des femmes présentes sur la passerelle ;
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aux femmes exerçant le commandement ;
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des métaphores sur l’homosexualité et le genre ;
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jusqu’à la représentation explicite des identités LGBTQ+.
Cette évolution reflète en partie celle de nos propres sociétés.
👉 Imaginer une société future plus égalitaire oblige aussi chaque génération à réexaminer ce qu’elle entend par égalité.
🟦 Conclusion
Depuis 1966, Star Trek utilise la science-fiction pour interroger les rapports entre sexe, genre, identité et société.
La franchise n’a jamais suivi une progression parfaite.
Elle a connu :
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des avancées ;
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des hésitations ;
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des contradictions ;
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parfois même des occasions manquées.
Mais sa trajectoire générale reste remarquable.
D’Uhura à Janeway, de Soren à Jadzia Dax, de Seven of Nine à Adira Tal, les personnages de Star Trek montrent progressivement que l’avenir imaginé par la Fédération ne consiste pas seulement à garantir l’égalité juridique.
Il suppose également la possibilité pour chacun de construire et de vivre librement son identité.
📚 Sources
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StarTrek.com — A History of Star Trek’s Gender Non-Conformity
Analyse de l’évolution des représentations de genre dans la franchise, notamment Soren, Jadzia Dax et les différentes métaphores LGBTQ+. -
StarTrek.com — Your Guide to Queer Identity and Metaphor in Star Trek
Présentation des principales métaphores queer dans The Next Generation, Deep Space Nine et les séries suivantes. -
StarTrek.com — Star Trek Created Feminist Icons in Front of and Behind the Camera
Retour sur Uhura, Jadzia Dax, Kathryn Janeway et plusieurs figures féminines majeures de la franchise. -
StarTrek.com — Star Trek Has Always Advocated for Choice
Analyse de The Outcast, de Soren et des thèmes de l’autonomie individuelle et du refus des normes imposées. -
StarTrek.com — Seven of Nine Was Always Queer
Lecture contemporaine du parcours de Seven à travers les questions du corps, de l’identité, de l’autonomie et de la multiplicité des identités.
✍️ Cet article a été rédigé par le STFE, sous la plume et la vision d’Archer
