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En septembre 2024, San Francisco devient le théâtre de l’un des événements sociaux les plus importants de l’histoire future de Star Trek. Mais lorsque Benjamin Sisko arrive accidentellement dans cette époque, quelque chose d’impossible se produit : Gabriel Bell, l’homme qui devait donner son nom aux émeutes, meurt trop tôt.
Pour empêcher l’Histoire de basculer, Sisko prend alors sa place.
Dans les deux épisodes Past Tense de Star Trek: Deep Space Nine, Star Trek ne raconte donc pas seulement une aventure temporelle.
Il montre une société qui a choisi d’isoler ses pauvres, ses chômeurs et ses malades plutôt que d’affronter les causes de leur exclusion.
Et il pose une question profondément politique et morale :
que faut-il pour qu’une société accepte enfin de regarder les personnes qu’elle avait décidé de ne plus voir ?
⏳ Un accident de téléportation envoie Sisko, Bashir et Dax en 2024
En 2371, le Defiant se rend sur Terre.
Benjamin Sisko, Julian Bashir et Jadzia Dax doivent se téléporter à San Francisco lorsqu’une anomalie provoque leur disparition.
Ils réapparaissent bien dans la ville.
Mais environ trois siècles trop tôt.
Dans le récit, leur arrivée a lieu le 30 août 2024 ; cette date situe l’intrigue de Past Tense et ne décrit pas un événement historique réel.
Dax apparaît dans une partie relativement prospère de la ville et reçoit rapidement de l’aide.
Sisko et Bashir connaissent une expérience radicalement différente.
Sans documents d’identité ni argent, ils sont arrêtés par la police et conduits vers le Sanctuary District A.
Sisko comprend presque immédiatement où et quand ils se trouvent.
Dans quelques jours doivent commencer les Émeutes de Bell, l’un des grands tournants sociaux de l’histoire des États-Unis dans la chronologie de Star Trek.
🏙️ Les Sanctuary Districts : faire disparaître la pauvreté sans la résoudre
Au début des années 2020 de Star Trek, les grandes villes américaines ont créé des Sanctuary Districts.
Officiellement, ces zones doivent accueillir les personnes sans logement ou sans emploi afin de leur fournir nourriture, hébergement et possibilité de réinsertion.
Dans la réalité montrée par Past Tense, le système est devenu autre chose.
Les personnes considérées comme socialement indésirables sont regroupées derrière des murs.
Elles reçoivent peu d’aide réelle.
Les services sociaux sont débordés.
Les personnes souffrant de troubles psychiques vivent sans soins adéquats.
Les possibilités de retrouver un emploi sont pratiquement inexistantes.
Le District A de San Francisco couvre environ vingt pâtés de maisons et contient des milliers de personnes.
Le problème social n’a donc pas été résolu.
Il a été déplacé hors du regard du reste de la société.
C’est cette logique que le STFE aborde déjà dans L’utopie dans Star Trek : imaginer une société meilleure.
👥 Les « gimmies », les « dims » et les « ghosts »
Les habitants des Sanctuary Districts sont eux-mêmes divisés en catégories informelles.
Les gimmies sont généralement des personnes capables de travailler et qui souhaitent retrouver une place dans la société.
Les dims regroupent des personnes souffrant notamment de troubles psychiques ou cognitifs et qui auraient besoin d’une véritable prise en charge.
Les ghosts sont davantage associés à la violence, à la marginalité extrême et à une vie organisée en dehors des structures sociales ordinaires.
Ces catégories sont imparfaites.
Mais elles montrent déjà le danger d’un système qui finit par ne plus considérer les individus comme des personnes possédant chacune une histoire.
On ne voit plus un homme sans emploi.
On voit un gimmie.
On ne voit plus une personne malade ayant besoin de soins.
On voit un dim.
La catégorie remplace progressivement l’individu.
🧑🏿 Gabriel Bell devait devenir un symbole
Sisko connaît la suite de l’Histoire.
Le 1er septembre, une révolte doit éclater dans le District A.
Les habitants prendront le contrôle du centre administratif et plusieurs employés seront retenus en otage.
Parmi les résidents se trouvera un homme nommé Gabriel Bell.
Bell jouera un rôle décisif.
Il protégera les otages contre ceux qui voudraient leur faire du mal.
Il contribuera à permettre aux habitants du Sanctuary District de raconter publiquement leurs conditions de vie.
Et lorsque les autorités reprendront finalement le district par la force, Gabriel Bell mourra en protégeant les personnes retenues.
La révélation que les otages avaient été protégés par ceux que l’on présentait comme des émeutiers sanguinaires transformera profondément l’opinion publique.
Bell deviendra alors le symbole de l’événement qui portera son nom.
🔪 Mais Gabriel Bell meurt avant même le début des émeutes
Dans la nuit précédant les événements, Julian Bashir est agressé par plusieurs ghosts.
Un homme intervient pour l’aider.
Une bagarre éclate.
Et l’homme est mortellement poignardé.
Sisko découvre sa carte d’identification.
Son nom est :
Gabriel Bell.
Le véritable Gabriel Bell vient de mourir avant d’accomplir tout ce qui devait rendre les Émeutes de Bell historiques.
Et sa mort est directement liée à la présence de Sisko et Bashir dans le passé.
L’équipage de Starfleet ne se contente donc plus d’observer l’Histoire.
Il vient de la modifier.
⚠️ Une seule mort menace de transformer tout l’avenir
Sisko comprend immédiatement la gravité de la situation.
Si Gabriel Bell ne joue pas son rôle pendant les émeutes, les événements risquent de se dérouler différemment.
Les otages pourraient être tués.
Le public pourrait ne jamais comprendre les conditions réelles dans lesquelles vivent les habitants des districts.
Les réformes sociales provoquées par les émeutes pourraient ne jamais apparaître.
Et les modifications pourraient se propager pendant plusieurs siècles jusqu’à l’époque de Sisko.
C’est l’un des paradoxes temporels les plus intéressants de Star Trek.
Gabriel Bell n’est ni président, ni scientifique, ni général.
Il est simplement un homme placé au bon endroit au moment où ses choix deviennent historiquement importants.
🪪 Benjamin Sisko devient Gabriel Bell
Sisko prend alors une décision extraordinaire.
Puisque le véritable Bell ne peut plus accomplir son rôle, il va tenter de préserver ce rôle à sa place.
Il utilise le nom de Gabriel Bell.
Il ne cherche pas à réécrire l’Histoire selon ses propres convictions.
Son objectif est plus difficile :
reconstituer aussi fidèlement que possible une histoire dont il ne connaît que les grandes lignes.
Il sait ce que Bell doit représenter.
Il sait que les otages doivent survivre.
Il sait que les conditions de vie dans les Sanctuaries doivent être révélées.
Il sait que l’événement doit provoquer une prise de conscience.
Mais il ne possède évidemment pas le scénario exact de chaque heure des prochains jours.
🔥 Le 1er septembre, le District A explose
Une altercation entre un résident et un garde déclenche finalement la crise.
La tension accumulée depuis des années éclate.
Les gardes sont débordés.
Les habitants prennent le contrôle du centre administratif.
Plusieurs employés se retrouvent retenus en otage.
Les ghosts les plus violents envisagent rapidement des méthodes beaucoup plus radicales.
Sisko, sous l’identité de Gabriel Bell, se retrouve alors au centre du mouvement.
Il doit empêcher les otages d’être tués tout en évitant que la colère des habitants ne soit simplement écrasée sans que personne n’entende leurs revendications.
La difficulté est immense.
Sisko ne peut ni soutenir toutes les violences ni demander aux habitants de retourner docilement dans le système qui les avait abandonnés.
🤝 Michael Webb : donner une voix aux habitants
Parmi les personnes avec lesquelles Sisko coopère se trouve Michael Webb.
Webb est un père de famille.
Il ne cherche pas à renverser le gouvernement.
Il veut travailler.
Il veut pouvoir faire vivre sa famille.
Il demande principalement que les habitants des Sanctuary Districts obtiennent les possibilités qui leur avaient été promises.
Avec Sisko, il devient l’un des visages les plus raisonnables du mouvement.
Cette présence empêche également de réduire les émeutes à une opposition simpliste entre ordre et désordre.
La majorité de ces personnes ne souhaitent pas vivre dans la violence.
Elles souhaitent sortir d’une situation dans laquelle aucune voie institutionnelle normale ne semble encore fonctionner.
📡 Le véritable enjeu : pouvoir parler au monde extérieur
Un élément décisif de l’histoire concerne l’accès au réseau d’information.
Les autorités coupent les communications du District.
Les habitants se retrouvent une nouvelle fois isolés.
Dax, qui a réussi à retrouver la trace de Sisko et Bashir depuis l’extérieur, convainc l’entrepreneur Chris Brynner de rétablir clandestinement cette connexion.
Le 2 septembre, les habitants peuvent enfin parler directement au reste de la société.
Ils racontent leurs vies.
Ils expliquent pourquoi ils sont là.
Ils montrent que derrière les mots « sans-abri », « chômeur » ou « assisté » existent de véritables personnes.
C’est probablement l’acte politiquement le plus puissant de toute l’histoire des Émeutes de Bell.
La transformation commence lorsque ceux que l’on avait rendus invisibles redeviennent visibles.
📺 Donner un visage à ceux que la société avait enfermés
Le système des Sanctuary Districts fonctionne en partie parce que la majorité de la population n’en voit pas réellement les conséquences.
On lui dit qu’une solution existe.
Les personnes pauvres ont été placées dans un lieu où l’on est supposé s’occuper d’elles.
Le problème paraît donc traité.
Mais lorsque les habitants commencent à raconter publiquement leurs expériences, cette fiction devient beaucoup plus difficile à maintenir.
Ils ne sont plus une statistique.
Ils ne sont plus un problème abstrait.
Ils deviennent :
un père, une mère, un enfant, une personne malade, quelqu’un qui a perdu son emploi, quelqu’un qui cherche seulement une nouvelle chance.
La visibilité rend l’indifférence plus difficile.
🪖 Le 3 septembre, les autorités donnent l’assaut
Malgré les négociations, la situation se termine dans la violence.
Des rumeurs affirment que les otages auraient été tués.
Les autorités décident de reprendre le District A par la force.
À l’aube du 3 septembre, la Garde nationale intervient.
Les combats sont extrêmement meurtriers.
Des centaines de résidents du Sanctuary District sont tués.
Michael Webb meurt.
B.C. meurt également.
Sisko, toujours identifié comme Gabriel Bell, protège les otages au moment de l’assaut.
L’histoire que Bell devait incarner a donc été préservée dans son élément essentiel :
ceux que la société présentait comme dangereux ont protégé les personnes qu’ils retenaient.
🕊️ Gabriel Bell devient plus important après sa mort
Dans la chronologie originale connue de Sisko, le véritable Bell meurt pendant la reprise du District.
Sa mort devient un symbole.
Lorsque le public apprend qu’il avait protégé les otages, l’image simpliste des résidents comme une population dangereuse devient impossible à maintenir.
Les Émeutes de Bell provoquent alors une immense remise en question.
Les Sanctuary Districts sont progressivement fermés.
Et selon Sisko, les États-Unis commencent enfin à affronter des problèmes sociaux qu’ils avaient laissé s’aggraver pendant plus d’un siècle.
Star Trek ne prétend pas qu’un seul événement résout immédiatement la pauvreté ou les inégalités.
Les Émeutes représentent plutôt un moment de rupture :
celui où une société ne peut plus prétendre qu’elle ne savait pas.
📸 L’Histoire conserve le visage de Sisko
Sisko, Bashir et Dax réussissent finalement à regagner leur propre époque.
La chronologie semble avoir été restaurée.
Les Sanctuary Districts ont disparu comme prévu.
Les conséquences historiques essentielles des Émeutes de Bell ont eu lieu.
Mais une anomalie subsiste.
Lorsque l’équipage consulte les archives historiques, le portrait de Gabriel Bell n’est plus celui de l’homme mort avant les émeutes.
C’est désormais :
le visage de Benjamin Sisko.
La continuité temporelle a été suffisamment restaurée pour préserver l’avenir.
Mais elle conserve la trace de l’intervention de Sisko.
🌀 Sisko a-t-il remplacé Gabriel Bell ?
Pas complètement.
C’est une distinction importante.
Sisko ne devient pas rétroactivement le véritable Gabriel Bell.
L’homme existe bien.
Il meurt en sauvant Bashir avant d’avoir pu accomplir son rôle historique.
Sisko prend ensuite son identité afin de préserver autant que possible les événements qui devaient suivre.
La légende de Gabriel Bell finit donc par désigner une combinaison paradoxale :
un homme réel dont la mort a été déplacée par accident, et un voyageur temporel qui assume sa place pour préserver ce qu’il devait accomplir.
L’Histoire retient le nom de Bell.
Mais elle conserve désormais le visage de Sisko.
⚖️ Préserver l’Histoire ne signifie pas approuver ses injustices
Le dilemme de Sisko est particulièrement difficile.
Il sait que des centaines de personnes vont mourir.
Il sait qu’une intervention militaire sanglante va avoir lieu.
Et pourtant, les règles temporelles lui interdisent théoriquement d’utiliser ses connaissances du futur pour reconstruire entièrement le XXIe siècle selon ses propres valeurs.
Bashir trouve cette situation presque insupportable.
Comment peut-on connaître une catastrophe et accepter qu’elle arrive ?
Sisko ne défend pas le système.
Il ne considère pas ces morts comme souhaitables.
Mais il comprend qu’une modification encore plus importante pourrait produire un futur dont il ignore toutes les conséquences.
C’est l’une des tensions morales fondamentales du voyage temporel dans Star Trek.
🧱 Une société peut devenir violente sans être composée de monstres
Past Tense évite également une explication trop simple.
Les responsables des Sanctuary Districts ne sont pas tous présentés comme des individus volontairement cruels.
Certains policiers tentent réellement de maintenir l’ordre.
Certains employés veulent aider.
Certains responsables pensent probablement que le système constitue le moindre mal.
Le problème vient d’une structure entière qui a progressivement accepté l’inacceptable.
Les difficultés économiques deviennent trop importantes.
Les solutions véritables paraissent trop compliquées.
La société renonce progressivement à essayer.
Elle choisit alors une solution administrativement plus simple :
isoler ceux dont elle ne sait plus quoi faire.
🙈 « Hors de vue » n’est jamais une politique sociale
C’est probablement le message le plus durable de Past Tense.
La pauvreté n’a pas disparu parce qu’on a déplacé les pauvres.
La maladie mentale n’a pas été soignée parce que les malades ont été regroupés derrière un mur.
Le chômage n’a pas été résolu parce que les chômeurs ont cessé d’être visibles dans les quartiers prospères.
Les Sanctuary Districts ne résolvent donc aucun des problèmes pour lesquels ils ont officiellement été créés.
Ils résolvent seulement le problème visuel posé à ceux qui ne veulent plus les regarder.
C’est ce mécanisme que Star Trek condamne.
Voir aussi sur STFE : Pourquoi Star Trek nous parle encore aujourd’hui ?.
🤝 Gabriel Bell ne gagne pas parce qu’il est le plus violent
Il est également important de comprendre pourquoi Bell devient historique.
Il ne devient pas un symbole simplement parce qu’il participe à une révolte.
Il le devient parce qu’au milieu de cette révolte, il conserve une limite morale.
Les otages ne doivent pas être massacrés.
Les habitants doivent pouvoir être entendus.
La violence ne doit pas effacer la raison pour laquelle la révolte a commencé.
Bell devient précisément la figure permettant de distinguer une revendication de justice d’une simple explosion de violence.
Sisko doit donc préserver non seulement un événement, mais cette signification morale.
🧑⚕️ Bashir découvre le passé derrière l’utopie de la Fédération
Pour Julian Bashir, l’expérience possède également une dimension particulière.
Il vient du XXIVe siècle.
Il a grandi dans une société où la pauvreté structurelle, l’absence d’accès aux soins et une grande partie des inégalités matérielles ont été dépassées.
Il connaît naturellement l’histoire terrestre.
Mais vivre quelques jours dans un Sanctuary District donne à cette histoire une réalité complètement différente.
Il rencontre directement :
la faim, l’exclusion, la maladie non soignée, l’humiliation administrative et le désespoir.
La Fédération apparaît alors moins comme une utopie apparue spontanément que comme le résultat d’une très longue transformation.
Le STFE développe cette perspective dans L’utopie dans Star Trek : imaginer une société meilleure.
🌍 Le futur meilleur de Star Trek n’était pas garanti
C’est peut-être l’élément le plus important pour comprendre toute la frise temporelle STFE.
Nous connaissons la destination.
Nous savons qu’au XXIVe siècle la Fédération existe.
Nous savons que l’humanité a largement dépassé la pauvreté matérielle, le racisme institutionnel et une grande partie des conflits qui caractérisaient ses siècles précédents.
Mais les habitants de 2024 ne connaissent pas cette destination.
Pour eux, rien ne garantit que la situation va s’améliorer.
Le futur fédéral n’est donc pas présenté comme une conséquence automatique du progrès technologique.
Il exige également :
- des ruptures politiques ;
- des changements sociaux ;
- des confrontations avec les injustices ;
- et la décision collective de ne plus accepter certaines formes d’exclusion.
📜 Les Émeutes de Bell ne fondent pas la Fédération
Il faut toutefois éviter l’excès inverse.
Les Émeutes de Bell ne créent évidemment pas directement la Fédération.
Elles ne mettent pas fin à toutes les injustices terrestres.
L’humanité connaîtra encore des décennies extrêmement sombres après 2024.
Les guerres eugéniques, les crises politiques et la Troisième Guerre mondiale restent dans son avenir.
Mais dans la lecture historique donnée par Sisko, les Émeutes représentent un moment où les États-Unis commencent enfin à reconnaître des problèmes sociaux qu’ils avaient longtemps refusé d’affronter.
Elles constituent donc une étape parmi beaucoup d’autres.
Une étape importante précisément parce qu’elle montre que le progrès moral n’est jamais linéaire.
🪞 Pourquoi Past Tense continue-t-il à déranger ?
Lorsque les épisodes sont diffusés en 1995, l’année 2024 appartient encore à un futur relativement lointain.
Les auteurs peuvent donc utiliser cette date comme un miroir déformant de problèmes déjà présents dans leur propre société.
Trois décennies plus tard, 2024 est devenu notre passé réel.
La comparaison ne doit évidemment pas être prise comme une prophétie littérale.
Il n’existe pas dans notre réalité de Sanctuary District A correspondant à celui de Star Trek.
Mais les questions abordées restent reconnaissables :
comment traiter le sans-abrisme ?
Comment accompagner la maladie mentale ?
Comment éviter que la pauvreté ne devienne une catégorie administrative permettant d’oublier des personnes ?
Et surtout :
à partir de quel moment une société s’habitue-t-elle à une injustice simplement parce qu’elle dure depuis longtemps ?
🕊️ Lecture STFE — Une société fraternelle commence par refuser l’invisibilité
La Fédération représente souvent dans Star Trek une société où les besoins essentiels ne dépendent plus de la richesse individuelle.
Mais Past Tense rappelle que ce monde n’est pas apparu parce qu’une technologie miraculeuse aurait soudainement résolu tous les problèmes.
Il a fallu d’abord apprendre à regarder ces problèmes.
Les Sanctuary Districts reposent sur une logique exactement opposée à celle que défend le STFE.
Lorsqu’une personne devient pauvre, malade ou sans emploi, la société cesse progressivement de la considérer comme un membre à part entière de la communauté.
Elle devient un problème à gérer.
Puis un problème à déplacer.
Puis un problème qu’il devient possible de ne plus voir.
Gabriel Bell inverse cette logique.
Le rôle historique de Bell n’est pas de parler à la place des habitants.
Il contribue à leur permettre de parler eux-mêmes.
Les citoyens extérieurs aux Sanctuaries découvrent alors que derrière les murs se trouvent des personnes qui leur ressemblent.
Des personnes qui ont une famille.
Des personnes qui veulent travailler.
Des personnes qui sont malades.
Des personnes qui ont peur.
Des personnes qui avaient simplement cessé d’être visibles.
C’est peut-être là que commence réellement la transformation.
Une société ne devient pas fraternelle lorsqu’elle cache ceux qu’elle n’arrive pas à aider.
Elle commence à le devenir lorsqu’elle reconnaît que leur dignité reste exactement la même que celle de tous les autres.
Les Émeutes de Bell sont violentes et tragiques.
Mais leur héritage, dans Star Trek, tient moins à la violence qu’au moment où une société accepte enfin de regarder ce qu’elle avait placé derrière un mur.
🔗 Pour aller plus loin sur STFE
- L’utopie dans Star Trek : imaginer une société meilleure
- Pourquoi Star Trek nous parle encore aujourd’hui ?
- De 2026 à 2161 : la préhistoire de la Fédération
- Notre éthique
📖 Lexicographie STFE
Émeutes de Bell : soulèvement survenu au début de septembre 2024 dans le Sanctuary District A de San Francisco. La répression provoque la mort de centaines de résidents, mais les événements contribuent à une remise en cause du système des Sanctuary Districts.
Gabriel Bell : résident du Sanctuary District A dont le rôle pendant les émeutes devait notamment consister à protéger les otages et à faire connaître les revendications des habitants. Dans la chronologie modifiée par l’arrivée de Sisko, Bell meurt avant le début des émeutes et Sisko assume son identité.
Sanctuary District : zone urbaine créée aux États-Unis pour regrouper notamment les personnes sans logement ou sans emploi. Dans Past Tense, ces districts deviennent des espaces d’exclusion où les problèmes sociaux sont isolés plutôt que résolus.
Michael Webb : résident du Sanctuary District A et père de famille qui participe avec Sisko à la formulation des revendications pendant les émeutes.
Past Tense : double épisode de Star Trek: Deep Space Nine dans lequel Sisko, Bashir et Dax sont accidentellement envoyés dans le San Francisco de 2024.
📚 Sources et références
- StarTrek.com — The Weight of Optimism and the Birth of the Federation : Past Tense et les Émeutes de Bell
- StarTrek.com — Star Trek’s Best Revolutions and Rebellions : les Émeutes de Bell
- Memory Alpha — Bell Riots : chronologie des événements de septembre 2024
- Memory Alpha — Past Tense, Part I
- Star Trek: Deep Space Nine, saison 3, « Past Tense, Part I » et « Past Tense, Part II ».
✍️ Cet article a été rédigé par le STFE, sous la plume et la vision d’Archer.
