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Kayshon

Dans Star Trek: The Next Generation, l’épisode « Darmok » propose l’une des idées linguistiques les plus originales de la franchise.

Les Tamariens, ou Enfants de Tama, utilisent bien des mots compréhensibles par le traducteur universel. Pourtant, leurs phrases restent incompréhensibles pour l’équipage de l’Enterprise.

Pourquoi ?

Parce qu’ils ne communiquent pas principalement par définitions, mais par références culturelles.

Lorsqu’un Tamarien dit :

« Chaka, quand tombent les murailles »

il ne décrit pas simplement des murailles en train de tomber. Il évoque une histoire connue de sa civilisation : celle de Chaka, devenue une image de l’échec ou de la déconvenue. StarTrek.com donne explicitement ce sens à l’expression.

De la même manière :

« Darmok et Jalad à Tanagra »

évoque deux individus qui, confrontés à un danger commun, apprennent à coopérer.

Et lorsque la compréhension se fait enfin :

« Sokath, les yeux ouverts. »

L’idée est alors celle de la compréhension ou de la révélation.


Une langue faite d’histoires

Notre propre langage fonctionne parfois de façon assez proche.

Nous pouvons dire :

  • franchir le Rubicon ;
  • ouvrir la boîte de Pandore ;
  • David contre Goliath ;
  • un cheval de Troie.

Pour comprendre ces expressions, il ne suffit pas de connaître les mots. Il faut connaître l’histoire qu’ils évoquent.

Chez les Tamariens, ce mécanisme semble simplement être devenu le cœur même de la communication.

C’est ce que Picard finit par comprendre dans Darmok. Il répond alors à Dathon en racontant sa propre mythologie : Gilgamesh et Enkidu à Uruk. Le premier véritable échange culturel entre les deux hommes devient possible.

Et leur rencontre crée même une nouvelle expression :

« Picard et Dathon à El-Adrel. »

Elle peut désormais représenter un premier contact réussi ou la création d’une compréhension entre deux peuples.


Quelques expressions indispensables

Expression Signification
Chaka, quand tombent les murailles Échec, tentative infructueuse
Sokath, les yeux ouverts Compréhension, prise de conscience
Temba, les bras ouverts Donner, offrir
Darmok et Jalad à Tanagra Coopérer face à un problème commun
Mirab, les voiles déployées Partir, voyager
La rivière Temarc en hiver Rester ferme, ne pas changer de décision
Picard et Dathon à El-Adrel Rencontre et compréhension réussies

Dans Lower Decks, le lieutenant Kayshon, premier Tamarien de Starfleet, permet d’aller encore plus loin.

Lorsqu’il arrive à bord du Cerritos, il déclare :

« Rapunki, quand il rejoignit les Sept. »

Le traducteur universel ayant momentanément du mal à suivre, Kayshon explique lui-même qu’il voulait dire : « C’est un honneur, capitaine. »

D’autres expressions apparaissent ensuite, comme « Kimarnt, la tête embrumée », « Rajik, quand il tomba dans le gouffre » ou encore « Mosaro, quand le lac était calme ». Leur sens dépend parfois davantage du contexte, ce qui montre que le tamarien continue d’être une langue vivante dans l’univers de Star Trek.


Et si nous parlions tamarien au bureau ?

C’est probablement là que ce petit dictionnaire devient vraiment utile.

Votre ordinateur vient de planter :

« Chaka, quand tombent les murailles. »

Un collègue comprend enfin pourquoi son programme ne fonctionne pas :

« Sokath, les yeux ouverts. »

Vous lui passez un câble réseau :

« Temba, les bras ouverts. »

Vous quittez le bureau :

« Mirab, les voiles déployées. »

Un nouveau collègue rejoint l’équipe :

« Rapunki, quand il rejoignit les Sept. »

Quelqu’un demande si tout fonctionne correctement :

« Mosaro, quand le lac était calme. »

Et si quelqu’un parti « juste cinq minutes » demeure introuvable :

« Rajik, quand il tomba dans le gouffre. »

Évidemment, il faudra probablement finir par fournir la traduction.

Picard disposait d’un monstre sur El-Adrel IV pour accélérer l’apprentissage. Dans un service informatique, mieux vaut peut-être éviter cette partie de la méthode.


Plus qu’une plaisanterie

Derrière son aspect amusant, le tamarien pose pourtant une véritable question : comprendre une langue suffit-il pour comprendre une culture ?

Le traducteur universel traduit parfaitement les mots employés par Dathon. Il échoue pourtant à transmettre leur signification.

Ce qui manque n’est pas la grammaire.

C’est la mémoire culturelle commune.

Et c’est précisément ce qui rend Darmok si intéressant : la communication ne commence réellement que lorsque Picard cesse d’essayer seulement de traduire les mots et commence à comprendre les histoires.

Picard et Dathon à El-Adrel.

Les murailles ne sont peut-être pas toutes tombées.

Mais une porte s’est ouverte.


📚 Sources

✍️ Article proposé pour STFE, sous la plume d’Archer.